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Infos française: Le rôle et l’histoire des tirailleurs africains

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L’histoire des tirailleurs africains lors des deux guerres mondiales reste mal connue. Pendant longtemps, le rôle qu’ils ont joué dans les rangs des troupes françaises a été presque oublié en France. Par ailleurs, la mémoire des tirailleurs n’était pas suffisamment mise en valeur, même sur le continent africain : pour certains, ils étaient des héros, pour d’autres, ils étaient des traitres au service de la puissance coloniale. Ou, les soldats venus d’Afrique ont participé aux batailles cruciales, subissant de nombreuses pertes sur le sol européen.

C’est en chantant  » Nous sommes venus d’Afrique pour libérer la France » qu’ils ont débarqué le 15 août 1944 sur les plages de Provence. Ces soldats, efficaces entre 100 000 et 120 000, que la hiérarchie militaire appelait « les indigènes », étaient originaires des colonies. Leur histoire remonte aux premiers temps de l’établissement de l’Empire français en Afrique.

Dès 1830, la France a commencé à recruter des soldats dans ses colonies. Le décret décrit formellement « au Sénégal un corps d’infanterie indigène sous la dénomination de tirailleurs sénégalais » date du 21 juillet 1857. Il fut signé par Napoléon III. Ces soldats, qui fournissaient de toute l’Afrique noire, étaient souvent des « volontaires forcés », désignés par les chefs de villages qui se débarrassaient ainsi des gêneurs de toute nature. Leurs effectifs n’ont cessé d’augmenter : ils sont passés de 1 000 en 1867 à 15 000 hommes en 1913.

La création d’un corps de tirailleurs dits « sénégalais » répondait initialement aux besoins d’effectifs pour les guerres coloniales. L’Empire colonial français n’aurait peut-être pas existé sans ces troupes noires qui ont participé à toutes les opérations de conquête de territoires adaptés par la République tout au long du XIXe siècle en Afrique et à Madagascar. Elles ont remplacé les soldats européens de base qui résistaient mal aux conditions climatiques tropicales.

« La force noire »

Imaginés au départ comme des forces supplétives pour l’entreprise de colonisation, ces militaires africains se retrouvent rapidement sur les théâtres d’opérations en Europe. Des troupes algériennes issues de la tribu kabyle des Zwava se sont notamment illustrées à Bazeilles, pendant la guerre franco-prussienne de 1870.

La dépendance croissante de la métropole à l’égard des bataillons d’Afrique n’a pas toutefois conduit le gouvernement français à inclure l’Afrique dans l’appel à la mobilisation à la veille de la guerre en 1914. Cela s’explique par la polémique que suscitait la question à l’époque. Les partisans de la participation des troupes coloniales à des guerres en Europe, comme le colonel Charles Mangin, auteur du livre à succès La force noire (1910), croyaient que l’Afrique était un formidable réservoir de soldats pour la métropole. D’autres allaient encore plus loin et justifiaient le recrutement des soldats noirs dans les guerres européennes en arguant que l’Afrique avait une dette de sang envers la France. « L’Afrique nous a coûté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang. Mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure », affirme le ministre des Colonies de l’époque, Adolphe Massimy.

Des tirailleurs africains donnés avec des soldats britanniques, lors de la Première Guerre mondiale à Soissons, France, 1914. Le collecteur d’impressions/Le collecteur d’impressions/Getty Images

Or ce camp favorable aux soldats coloniaux avait en face de lui des spécialistes militaires franchement sceptiques quant à l’efficacité de l’emploi de ces troupes sur les fronts européens. Mais ces réserves ont été balayées par les énormes besoins en hommes de la guerre totale que fut la Première Guerre mondiale. Dès 1916, une véritable chasse aux recrue fut mise en place pour combler les rangs vides. La direction des territoires coloniaux fit pression sur les chefs de village, organisant de véritables rafles. Des révoltes éclatèrent ici et là. La France de Clémenceau changea de tactiques et envoya le Sénégalais Blaise Diagne en 1917 pour persuader la jeunesse de l’Afrique noire à s’enrôler massivement pour sauver « la mère-patrie en danger ». De nombreux Africains sont morts sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Les historiens parlent de 72 000 combattants de l’ex-Empire français morts entre 1914 et 1918. Sur les 8 millions de soldats mobilisés pour ce conflit, la mobilisation des troupes coloniales françaises aurait concerné 180 000 personnes.

La Seconde Guerre Mondiale

La conscription est devenue obligatoire dans les colonies dès 1919. Le gouvernement français appelle l’Afrique à la rescousse dès l’imminence d’une nouvelle guerre avec l’Allemagne. Les effectifs des contingents africains (Algériens, Marocains, Tunisiens, Malgaches et tirailleurs africains confondus) qui ont combattu aux côtés des Français pendant la Seconde Guerre mondiale s’élèvent à près de 300 000 hommes en 1939-1945. Au cours de la bataille décisive de France, en mai et juin 1940, 10 000 soldats noirs ont été tués et 7 500 sur 11 000 mourent dans les camps de prisonniers de guerre. Beaucoup de ces prisonniers africains, gradés et simples soldats, étaient sommairement exécutés par les Allemands, ces derniers les ayant vus comme des sous-hommes. Malgré les rigueurs climatiques, les maladies et l’attitude des états-majors qui les assignaient systématiquement à des corvées subalternes, ces troupes issues des colonies se sont illustrées dans la campagne d’Italie en mai 1944 et ont joué un rôle décisif dans la libération de la métropole en 1944-45.

Mais dès l’automne 1944, alors que la France est progressivement libérée, les tirailleurs coloniaux sont démobilisés de la 1ʳᵉ armée, nom qu’avait pris entre temps l’armée « B » du général de Lattre de Tassigny. Dans ses mémoires de guerre, le général de Gaulle invoque la nécessité de ce « blanchiment des forces françaises » combattantes au motif que les tirailleurs, exténués par plusieurs années de combats, subissent une crise du moral et ne sont pas en mesure de résister au froid dans les Vosges.

Nombre de tirailleurs vécurent mal cette décision unilatérale. Le 30 novembre 1944, plus d’un millier de ces soldats, démobilisés et regroupés dans le camp de Thiaroye près de Dakar, se révoltèrent pour réclamer le paiement de leurs arriérés de soldats et de leurs primes de démobilisation. La mutinerie fut violemment réprimée, faisant 35 morts et de nombreux blessés parmi les anciens tirailleurs. Les événements du camp de Thiaroye ont longtemps représenté pour les Africains l’exemple même de l’injustice coloniale et de l’ingratitude de la métropole envers les soldats indigènes qui avaient pourtant donné le meilleur d’eux-mêmes pour sa libération.

Cristallisation

La déception de ces soldats s’est creusée un peu plus lorsque le Parlement français a adopté en 1959 le décret dit de « cristallisation » bloquant le montant des pensions, retraites et allocations payées par l’État français aux anciens combattants et fonctionnaires issus des colonies . Il faudra attendre la sortie du film Indigènes (2006) de Rachid Bouchareb qui revient avec justesse et rigueur sur les sacrifices des anciens tirailleurs, pour que les attendus français décident en 2007 la décristallisation des pensions.

Celles-ci ont aussi été revalorisées pour qu’enfin les anciens combattants africains de l’armée française perçoivent la même somme que les soldats français engagés dans la guerre. Sauf qu’entre-temps, la majorité des tirailleurs sont déjà morts.

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